J'ai commencée cette toile en 2019, pour exprimer la sidération que j'éprouvais alors devant la constance avec laquelle une moitié de l'électorat américain croyait les mensonges de Donald Trump.

Je voulais ainsi représenter la distance qui sépare ce que nous croyons savoir de notre liberté de pensée et ce qui détermine réellement nos opinions. Nous pensons être centré sur un moi cartésien libre et rationnel alors que nous le sommes sur des émotions et des représentations qui nous sont soufflées par d’autres.

Ce tableau représente Edward Bernays (en haut à gauche) et la manipulation des opinions qu’il a théorisée et mise en œuvre pour ses clients, fondant ainsi la communication moderne. Un homme, à droite, est traversé par le serpent (le ça) utilisé par Bernays pour modifier, tout en lui conservant l’illusion de sa liberté, sa perception du troisième personnage. Ce dernier est le client de Bernays (l’état américain, l’industrie agro-alimentaire, l’entreprise Lucky Strike (1920), …) et, par extension, les acteurs au bénéfice desquels sont aujourd’hui utilisées ces méthodes.

Nous sommes conscients d’être manipulés, et c’est aujourd’hui la planche d’appel des discours complotistes. Mais nous ne le sommes que partiellement et nous restons pour cela vulnérables à d’autres influences, moins institutionnelles, qui servent des intérêts dont nous n’avons pas forcément conscience.